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Les métissages luxuriants et soyeux de
Terence Trent d'Arby

LE MONDE | 28.07.03 | 13h31
Le chanteur new-yorkais, qui se fait désormais appeler Sananda Maitreya, a clôturé le festival Swing'in Deauville.
Deauville (Calvados) de notre envoyée spéciale

Le 19 juillet, en ouverture du festival Swing'in Deauville, le Théâtre du Casino - rose bonbon, fauteuils rouges, à l'italienne - accueillait Ike Turner & The Kings of Rythm. Joueur, léger, Terence Trent d'Arby en assurait la clôture le 26 juillet. Le premier joue à fond, malgré les années qui passent, sur les archétypes sexy de la musique soul. Le second prône davantage la libération intérieure que l'idéologie de la jouissance.

Soyeux, mais loin du modèle sensuel de Marvin Gaye, aux antipodes des excès fondateurs de James Brown, Terence Trent d'Arby compose des chansons où il est question de rencontres, d'amour, de solitude, d'envies, déroulées au fil d'un quotidien urbain. Après Prince devenu The Artist, Terence Trent d'Arby, autre tenant de la musique funk, a changé de nom, désireux de rompre avec la fin du siècle précédent, marqué en ce qui le concerne par un épuisement engendré par la loi d'airain de l'industrie musicale.

Le New-Yorkais, longtemps résident à Londres et aujourd'hui établi à Milan, a opté pour le pseudonyme de Sananda Maitreya, à son sens plus pacifique. Sananda ou TTD, le chanteur poursuit son exploration d'un style luxuriant qui avait explosé en 1987 avec Introducing the Hard Line, album vendu par millions et qui valut à son jeune auteur surdoué d'agrémenter la couverture de dizaine de magazines et d'inscrire au moins deux chansons, Wishing Well et If You Let me Stay, au tableau des classiques populaires contemporains.

Né à Harlem en 1962, TTD a 25 ans quand sortent ses premiers hits. Le musicien y manie avec élégance les musiques afro-américaines, soul, rhythm'n'blues, reggae, funk, jazz, gospel, Jimi Hendrix, Prince, Al Green et Sly Stones. Mais Terence a un visage d'ange. Teint en blond, affublé d'ailes très cinématographiques, expression d'un certain désir, à la Wim Wenders, TTD apparaissait ainsi, biblique, sur son dernier album, Vibrator (1995). Pour Terence Trent d'Arby's Wild Card !, qui vient de paraître et sur le quel s'adosse sa tournée des festivals d'été en Europe, l'artiste a opté pour une imagerie plus posée, T-shirt noir et carré de dread locks.

Sous l'ombre tutélaire de Prince, la voie du funk est ardue aux débutants, celle de la musique soul également : les jeunots explosent puis disparaissent. Après TTD, voici le tribal D'Angelo dans la file d'attente et le voluptueux Maxwell disparu, Macy Gray au bord du gouffre.

Mais ces champions du sang mêlé américains, qui se dégagent des arcanes de la musique noire en ajoutant beaucoup d'Europe dans l'affaire - pour Sananda, du rock anglais et beaucoup de créolité - ont la vie dure. Et c'est avec plaisir que l'on a pris des nouvelles de TTD au Théâtre du Casino de Deauville, où l'on peut voir de près des artistes habitués des stades - Jimmy Cliff, Bill Wyman, Earth Wind and Fire pour l'édition 2003.

LES STONES VERSION TROPICALE

Terence-Sananda finit deux heures de concert par des reprises, offertes aux rappels - Moon River, classique des classiques, a cappella (voix d'ange), du Hendrix, et une version d'une moiteur et d'une profusion tropicale de Jumping Jack Flash des Rolling Stones -, une manière de marquer son allégeance au rock blanc sans s'aligner sur l'opportunisme d'un Lenny Kravitz. La salle est debout depuis les tubes, chantés avec bonhomie "pour vous rappeler votre passé" par le filiforme et gracieux chanteur, guitariste, pianiste, danseur élégant, entouré d'un groupe solide (Glenda Carubba à la basse, Filippo Tirincati à la guitare, Pierluigi Foshi à la guitare) mais qui ne mérite pas ses rythmes décalés, ses bizarreries de voix, son sens esthétique. Carré, droit, le groupe suit sans inventivité les fluctuations du funky Drivin'Me Crazy ou de Suga Free, magnifique ballade noire accentuée par un chœur quasi religieux, l'un des temps forts de l'album Wild Card !, à la conception plus électronique.

Mais Terence-Sananda sait souffler le chaud et le froid, serrer les mains des premiers rangs, envoyer des déluges de décibels, chanter a cappella, relancer un refrain dont il escompte bien faire un gimmick des années 2000 et quelques, comme ce fut le cas de Wishing Well il y a quinze ans. Ici, il laisse poindre en le répétant l'espoir d'un Testify perché sur une idée vivifiante du rock métissé, vu par un natif de Harlem, fan de Thelonious Monk, des Beatles et des Rolling Stones - "L'amour n'est jamais facile, mais j'essaie encore une fois, parfois je me demande pourquoi".

Véronique Mortaigne

Terence Trent d'Arby's Wild Card !,1 CD
Sananda/EMI. www.sanandamaitreya.com

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 29.07.03


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