| Deauville (Calvados) de notre envoyée
spéciale
Le 19 juillet, en ouverture du festival Swing'in Deauville,
le Théâtre du Casino - rose bonbon, fauteuils
rouges, à l'italienne - accueillait Ike Turner &
The Kings of Rythm. Joueur, léger, Terence Trent
d'Arby en assurait la clôture le 26 juillet. Le premier
joue à fond, malgré les années qui
passent, sur les archétypes sexy de la musique soul.
Le second prône davantage la libération intérieure
que l'idéologie de la jouissance.
Soyeux, mais loin du modèle sensuel de Marvin Gaye,
aux antipodes des excès fondateurs de James Brown,
Terence Trent d'Arby compose des chansons où il est
question de rencontres, d'amour, de solitude, d'envies,
déroulées au fil d'un quotidien urbain. Après
Prince devenu The Artist, Terence Trent d'Arby, autre tenant
de la musique funk, a changé de nom, désireux
de rompre avec la fin du siècle précédent,
marqué en ce qui le concerne par un épuisement
engendré par la loi d'airain de l'industrie musicale.
Le New-Yorkais, longtemps résident à Londres
et aujourd'hui établi à Milan, a opté
pour le pseudonyme de Sananda Maitreya, à son sens
plus pacifique. Sananda ou TTD, le chanteur poursuit son
exploration d'un style luxuriant qui avait explosé
en 1987 avec Introducing the Hard Line, album vendu par
millions et qui valut à son jeune auteur surdoué
d'agrémenter la couverture de dizaine de magazines
et d'inscrire au moins deux chansons, Wishing Well et If
You Let me Stay, au tableau des classiques populaires contemporains.
Né à Harlem en 1962, TTD a 25 ans quand sortent
ses premiers hits. Le musicien y manie avec élégance
les musiques afro-américaines, soul, rhythm'n'blues,
reggae, funk, jazz, gospel, Jimi Hendrix, Prince, Al Green
et Sly Stones. Mais Terence a un visage d'ange. Teint en
blond, affublé d'ailes très cinématographiques,
expression d'un certain désir, à la Wim Wenders,
TTD apparaissait ainsi, biblique, sur son dernier album,
Vibrator (1995). Pour Terence Trent d'Arby's Wild Card !,
qui vient de paraître et sur le quel s'adosse sa tournée
des festivals d'été en Europe, l'artiste a
opté pour une imagerie plus posée, T-shirt
noir et carré de dread locks.
Sous l'ombre tutélaire de Prince, la voie du funk
est ardue aux débutants, celle de la musique soul
également : les jeunots explosent puis disparaissent.
Après TTD, voici le tribal D'Angelo dans la file
d'attente et le voluptueux Maxwell disparu, Macy Gray au
bord du gouffre.
Mais ces champions du sang mêlé américains,
qui se dégagent des arcanes de la musique noire en
ajoutant beaucoup d'Europe dans l'affaire - pour Sananda,
du rock anglais et beaucoup de créolité -
ont la vie dure. Et c'est avec plaisir que l'on a pris des
nouvelles de TTD au Théâtre du Casino de Deauville,
où l'on peut voir de près des artistes habitués
des stades - Jimmy Cliff, Bill Wyman, Earth Wind and Fire
pour l'édition 2003.
LES STONES VERSION TROPICALE
Terence-Sananda finit deux heures de concert par des reprises,
offertes aux rappels - Moon River, classique des classiques,
a cappella (voix d'ange), du Hendrix, et une version d'une
moiteur et d'une profusion tropicale de Jumping Jack Flash
des Rolling Stones -, une manière de marquer son
allégeance au rock blanc sans s'aligner sur l'opportunisme
d'un Lenny Kravitz. La salle est debout depuis les tubes,
chantés avec bonhomie "pour vous rappeler votre
passé" par le filiforme et gracieux chanteur,
guitariste, pianiste, danseur élégant, entouré
d'un groupe solide (Glenda Carubba à la basse, Filippo
Tirincati à la guitare, Pierluigi Foshi à
la guitare) mais qui ne mérite pas ses rythmes décalés,
ses bizarreries de voix, son sens esthétique. Carré,
droit, le groupe suit sans inventivité les fluctuations
du funky Drivin'Me Crazy ou de Suga Free, magnifique ballade
noire accentuée par un chur quasi religieux,
l'un des temps forts de l'album Wild Card !, à la
conception plus électronique.
Mais Terence-Sananda sait souffler le chaud et le froid,
serrer les mains des premiers rangs, envoyer des déluges
de décibels, chanter a cappella, relancer un refrain
dont il escompte bien faire un gimmick des années
2000 et quelques, comme ce fut le cas de Wishing Well il
y a quinze ans. Ici, il laisse poindre en le répétant
l'espoir d'un Testify perché sur une idée
vivifiante du rock métissé, vu par un natif
de Harlem, fan de Thelonious Monk, des Beatles et des Rolling
Stones - "L'amour n'est jamais facile, mais j'essaie
encore une fois, parfois je me demande pourquoi".
Véronique Mortaigne
Terence Trent d'Arby's Wild Card !,1 CD
Sananda/EMI. www.sanandamaitreya.com
ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 29.07.03
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