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TERENCE TRENT D’ARBY


Terence Trent D’Arby est mort, vive Sananda Maitreya. Rassurez-vous, à part son nom, le chanteur culte des années quatre-vingt n’a rien changé de son image charismatique. Il est aussi resté fidèle au bon vieux son du rock and roll, comme plus personne, à part Lenny Kravitz, ne veut ou ne sait en faire. La preuve nous a été donnée lors de sa prestation à Tabarka, fortement marquée par des tubes comme “ Dancing sister ”, ainsi que par une version inédite de l’éternel “ Jumping Jack Flash ” des Stones. Bien sur, on a entendu aussi le succès “ Signe your name ”, un des slows inoubliables qui a marqué son époque et qui a propulsé son auteur dans les chartes du monde entier. Mais, n’y a-t-il pas une contradiction dans le fait qu’un chanteur rock soit révélé au grand public par une ballade, plutôt que par un morceau plus “ hard ” ? Oui, certainement et ce n’est pas la seule dans la carrière de Terence. Ce chanteur et danseur à l’attitude rebelle, flirtant parfois avec l’anarchie, a commencé sa vie d’adulte sous la bannière étoilée, dans les bases en Allemagne. C’est durant son service militaire qu’il a rejoint le groupe The Touch, ce qui ouvre sa carrière d’artiste. Lorsqu’il quitte la formation, il signe en solo un album qu’il qualifie lui-même de “ meilleur album depuis Sergent Papper’s ”. Puis, c’est le tour du fameux “ Signe your name ” d’une querelle avec Sony et d’un silence qui dure plusieurs années. Ce n’est qu’en 2002 que la star renaît de ses cendres avec un disque, intitulé “ Wildcard ” (Jocker) qu’elle signe sous son nouveau patronyme.


Tunis-Hebdo : Pourquoi as-tu changé de nom ?

Terence Trent D’Arby : J’étais dans une période de transition et d’angoisse. Je ne me suis jamais senti à l’aise avec son nom car il n’a jamais reflété ma vraie identité. En fait, mon nom de baptême était Terence Trent Howard, mais plus tard, j’ai été adopté par un gentleman qui m’a donné le nom D’Arby. A l’âge de trente-trois ans et à la suite de certaines expériences que j’ai vécues, j’ai décidé de prendre le nom Sananda.

T.H. : Quelle en est la signification ?

T.T.D.A : Je ne sais pas. Mais je ne sais pas non plus ce que Terence signifie. C’est un nom hindou.

T.H. : Pourtant, tu es d’origine américaine et tu vies en Europe. Qu’est-ce qui te lie à l’Inde ?

T.T.D.A. : Beaucoup d’occidentaux ne peuvent pas comprendre cela. Je suis une âme indienne dans un corps occidental.

T.H. : Alors, t’es-tu converti au culte d’Hare Krishna, comme l’ont fait de nombreux chanteurs, séduits par la culture indienne ?


T.T.D.A. : Non. Je pense que toutes les religions sont comme des plats appétissants qui t’invitent à y goûter. Je suis plutôt déiste que religieux. Je préfère Bouddha au Bouddhisme, Dieu et le Christ au Christianisme et Allah et Mohamed à l’Islam. L’esprit doit être libre. Idem pour la musique. Je suis toujours qualifié de chanteur pop, soul alors que quelqu’un comme Zucchero est considéré comme chanteur rock, bien qu’il soit beaucoup plus attaché à la soul que moi. Les étiquettes sont toujours restrictives.

T.H. : En parlant de musique, en 1987, tu as dit que votre album était le meilleur depuis “ Sergent Pepper’s ”. Ce n’était pas un peu gonflé ?

T.T.D.A. : J’ai dit peu de choses en ce sens ? C’est à prendre au second degré. En fait, je plaisantais et je m’amusais en voyant le sérieux avec lequel les journalistes notaient tout ce que je disais. J’imitais un peu la manière de Mohamed Ali, quand il disait : “ Je suis le meilleur ”. Je me sui moqué de la façon dont les journalistes ont l’habitude de dire : “ C’est le meilleur album depuis tel ou tel autre. ” Mais mes propos ont été mis hors-contexte.

T.H. : Que représentent pour toi les Beatles ?

T.T.D.A. : Pour moi, ce sont des héros légendaires. Si tu me demandes quel est le chanteur sans lequel je ne pourrai pas vivre, je te répondrai : “ Frank Sinatra ” ; si tu me demandes quel est le groupe sans lequel je ne pourrai pas vivre, je te répondrai : “ les Beatles ”. Les gens croient que, puisque tu es black, tu dois aimer des chanteurs comme Otis Reding, par exemple. Moi, je préfère de loin Rod Stewart. J’ai toujours voulu chanter comme lui. Je voulais être une star de rock. Je voulais être Mick Jagger. C’est les chanteurs de rock qui ont le plus à donner, tandis qu’avec un chanteur comme Wilson Picket, on sait toujours à quoi s’attendre.

T.H. : Comment as-tu décider de débuter avec les Touch ?

T.T.D.A. : J’étais à l’armée et je voulais acheter une guitare dans un magasin. C’est là que j’ai entendu que le groupe cherchait un bassiste. Il faut dire qu’à cette époque, je ne jouais pas encore. Je me suis présenté et on m’a paris comme chanteur. Cela a duré quelques années, après quoi le manager du groupe a décidé de me remercier car, selon lui, je faisais de l’ombre aux autres.

T.H. : Etait-ce ton premier rendez-vous avec la musique ?

T.T.D.A. : Non, quand j’étais enfant, je chantais à l’église et je jouais du piano.

T.H. : Comment est né le morceau “ Sign your name ” ?

T.T.D.A. : J’ai fait le rêve que Sade venait pour me demander de composer une chanson pour elle. C’était une sorte d’inspiration. C’est arrivé sans que je m’en rende compte, un peu comme les pensées viennent à nous.

T.H. : Dans ton album “ Neither fish, nor flesh ”, tu as abordé beaucoup de thèmes sociaux comme l’homo phobie ou l’écologie. Penses-tu que les artistes peuvent réellement aider la société à prendre conscience de tous ces problèmes ?

T.T.D.A. : Si les artistes ne pouvaient pas éveiller les consciences, les gouvernements et les grandes corporations n’en auraient pas eu si peur. Ils essaient d’en faire des pantins car ils sentent les gens peuvent en faire des prophètes. Il y a des siècles, Moïse avait guidé tout un peuple, grâce à son sceptre. Dans les années soixante, Jimmy Hendrix en a fait autant avec sa guitare. Les Beatles ont changé la représentation que se faisaient les gens d’eux-mêmes et cela a contribué au changement du monde entier. Je pense que John Lennon est mort car les gens voyaient en lui un prophète. C’est pour cela qu’on l’a assassiné. Je pense aussi que Bob Marley a aussi été tué pour les mêmes raisons.

T.H. : As-tu peur de subir le même sort ?

T.T.D.A. : Non.

T.H. : Parce que tu n’es pas aussi grand qu’eux ?

T.T.D.A. : Non, ce n’est pas pour cela. Je suivrai la volonté de Dieu. Aucun homme ne peut m’enlever le désir d’être juste. Je n’ai jamais eu peur de mourir mais de vivre. Je regarde la mort comme le travailleur regarde la fin de la journée.

T.H. : Depuis 1995, on ne te voyait plus beaucoup sue scène. Que s’est-il passé ?

T.T.D.A. : J’étais dans une période de transition et de frustration. Je ne savais plus qui guidait ma conscience : l’industrie musicale ou moi. J’ai toujours voulu travailler avec l’industrie musicale, pas pour elle. Ce n’est pas parce qu’elle représente toute une corporation et que je ne suis qu’un homme seul qu’elle est plus forte que moi. Durant toute ma vie, j’ai essayé de démontrer la théorie du Mahatma Gandhi que la volonté d’un homme peut être plus forte qu’une armée. J’ai compris que mon inspiration ne venait pas de “ Sony ” et que je pouvais bien travailler sans eux. Il restait le côté légal, mais ce n’est pas parce qu’une chose est légale qu’elle est forcément juste. Si un homme doit respecter une loi qui ne le respecte pas, il ne sera jamais qu’un esclave. Les hommes injustes font des lois injustes.


André ILIEV

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